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La voix secrète de la forêt : une introduction à l'ancien alphabet oghamique

Mélanie Bruniaux
28 août
4 min de lecture

Si vous vous promenez dans une forêt ancestrale et que vous vous arrêtez pour écouter le vent dans les feuilles, vous comprendrez que les arbres parlent. Les Celtes le savaient bien. Pour eux, la nature n'était pas qu'un paysage, mais un temple vivant. De ce lien spirituel profond est né l'Ogham (prononcé Oam), aussi appelé l'alphabet des arbres. Aujourd'hui, nous vous invitons à découvrir ce système d'écriture ancien, un voyage à travers les symboles, la magie et la botanique, qui peut encore enrichir nos vies aujourd'hui.


Qu'est-ce que l'alphabet oghamique ?

L'ogham est un alphabet ancien utilisé principalement en Irlande, en Écosse et au Pays de Galles. Ses 400 inscriptions conservées sont presque toutes gravées sur des pierres dressées entre le IVe et le VIIIe siècle. On les trouve sur des inscriptions funéraires :

  • Irlande : environ 330, concentrées principalement dans le sud (Munster: Kerry, Cork, Waterford) et l'ouest (Galway, Mayo).

  • Pays de Galles : environ 60, principalement dans le Pembrokeshire et le Carmarthenshire – témoignant de la présence de colonies irlandaises (Déisi) dans le sud-ouest du Pays de Galles entre le IVe et le VIe siècle.

  • Cornouailles, Écosse, île de Man : quelques dizaines au total. Certaines sont bilingues : ogham-latin ou ogham-picte.


Nombre d'entre elles sont conservées dans des musées (Musée national d'Irlande à Dublin), mais certaines sont encore visibles in situ : Dunloe, Ardmore, Aglish (Irlande) ; Nevern, Llandeilo Llwydiarth (Pays de Galles).


L'alphabet oghamique se compose de 20 lettres : 15 consonnes et 5 voyelles. Contrairement à notre alphabet, les signes oghamiques sont formés de lignes entrelacées autour d'une ligne centrale, à l'image du tronc d'un arbre et de ses branches. Il utilise une ligne de référence verticale (le bord de la pierre) et des groupes d'encoches disposés en 4 positions (à droite, à gauche, transversalement et sur la ligne) pour les 20 lettres de base, réparties en 4 aicme, ou « familles ». La formule classique des inscriptions funéraires est X MAQI Y MUCOI Z (« X fils de Y de la lignée de Z »). Elle faisait partie d'un système d'organisation mnémotechnique rappelant le comptage des encoches.




Comment lire une inscription Ogham ?

1. Repérez la base de l'inscription : généralement en partant du bas, sur le bord droit de la pierre.

2. Suivez le bord de la pierre vers le haut en comptant les encoches.

3. Comptez le nombre d'encoches et leur position : 1 à 5 encoches à droite = B, L, F, S, N ; 1 à 5 à gauche = H, D, T, C, Q ; 1 à 5 horizontalement = M, G, NG, Z, R ; 1 à 5 sur la ligne = A, O, U, E, I.

4. Transcrivez les phonèmes et essayez de reconnaître la formule classique : X MAQI Y MUCOI Z.


Pour vous entraîner, des images haute résolution de pierres ogamiques sont disponibles sur les sites web du Service des monuments nationaux irlandais et du CISP (Celtic Inscribed Stones Project, University College London).


Mythologie et arbres


Le Livre de Ballymote affirme que cet alphabet fut créé par Ogma, dieu celtique de l'éloquence et de la parole, qui souhaitait une langue secrète et cryptée, réservée aux sages et aux druides. Ces derniers transmettaient leurs doctrines oralement, car ils estimaient que l'écrit focalisait la pensée et était sujet à des interprétations erronées.


Depuis le Moyen Âge, l'ogham est un alphabet arboré (Auraicept na n-Éces, IXe-Xe siècles, et le Bríatharogham) car chaque lettre, outre sa sonorité, est associée à un arbre dont elle tire son nom. Chaque lettre était également liée aux noms des dieux et à leurs attributs, aux noms des plantes et à leurs vertus curatives, ainsi qu'aux noms des animaux.


La forêt comme calendrier et guide spirituel


Pour les Celtes, chaque arbre possédait une personnalité, une énergie spécifique et une vertu spirituelle. Depuis le Moyen Âge, le calendrier oghamique existait, associant chaque période de l'année à un arbre :

  • Le bouleau (Beith) : lié au début de l'année, il symbolise la renaissance, la purification et les nouveaux projets.

  • Le chêne (Duir) : roi de la forêt, il symbolise la force spirituelle, la protection et l'accès au divin.

  • Le noisetier (Coll) : gardien de la sagesse et de l'intuition.


Les applications divinatoires et horoscopiques de l'Ogham remontent cependant au XXe siècle, lorsqu'elles sont nées avec Robert Graves dans son livre « White Goddess » (1948) qui a proposé le calendrier luno-arboricole basé sur des lettres, et de là se sont développées de nombreuses pratiques oraculaires.



Pourquoi redécouvrir l'Ogham aujourd'hui ?

Dans un monde frénétique, l'Ogham nous invite à ralentir et à nous reconnecter aux rythmes de la nature. Bien plus qu'un simple héritage historique, c'est un outil de développement personnel. Étudier l'arbre du mois nous aide à comprendre quelle énergie canaliser en nous : résister comme le Chêne, lâcher prise comme le Saule, ou recueillir la sagesse comme le Noisetier.


Au cours des prochains mois, sur le blog Anima Keltia, nous explorerons ensemble les secrets de ces arbres sacrés pour cheminer sereinement sur les sentiers de l'automne. Avez-vous déjà découvert l'arbre qui résonne en vous cette saison ? Partagez-le avec nous dans les commentaires !


SOURCES:





 
 
 

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Photo's of  Irene Reffo, Bruna Zavattiero. 

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